Mars 2026
ÉDITO
Dans son premier message pour le Carême, notre pape Léon nous invite à redécouvrir l’importance de la Parole et donc de l’écoute de la Parole, car il y a un lien intrinsèque « entre le don de la Parole, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’elle opère », écrit le pape, en poursuivant : « Le cheminement du Carême devient une occasion propice pour prêter l’oreille à la voix du Seigneur et renouveler la décision de suivre le Christ. » Apprendre à écouter la Parole nous permet aussi de mieux écouter la réalité de notre monde. Le pape écrit encore : « Parmi les nombreuses voix qui traversent notre vie personnelle et sociale, les Saintes Écritures nous rendent capables de reconnaître celle qui s’élève de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse. Entrer dans cette disposition intérieure de réceptivité c’est se laisser instruire aujourd’hui par Dieu à écouter comme Lui. »
Mais pour disposer notre cœur à une meilleure écoute de la Parole, la pratique du jeûne est précieuse. Il ne faut pas négliger l’abstinence de nourriture qui implique notre corps : cette abstinence « rend plus évident ce dont nous avons ‘faim’ et ce que nous considérons comme essentiel à notre subsistance », comme le note le pape Léon. Ce jeûne nous permet d’ordonner nos désirs qui risquent de nous entraîner dans tous les sens et de nous rendre esclaves. Il permet aussi de « maintenir vigilant la faim et la soif de justice en les soustrayant à la résignation, en les éduquant pour qu’ils deviennent prière et responsabilité envers le prochain », selon le message du pape qui souligne l’importance de vivre le jeûne dans la foi et l’humilité. Mais le jeûne ne doit pas se limiter à la privation de nourriture : il doit nous permettre d’acquérir un mode de vie plus sobre. Le pape en vient alors à une forme de jeûne à laquelle nous ne pensons pas immédiatement. Il nous invite « à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain » : « Commençons par désarmer le langage en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à médire de qui est absent et ne peut se défendre, aux calomnies. Efforçons-nous plutôt d’apprendre à mesurer nos paroles et à cultiver la gentillesse : au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes. Alors, nombre de paroles de haine laisseront place à des paroles d’espoir et de paix. » Voilà un chemin qui inscrit le jeûne dans notre relation aux autres, de manière très concrète. N’avons-nous pas tous à nous convertir dans ce domaine : désarmer notre langage en renonçant aux paroles qui blessent et en cultivant la bonté et la gentillesse ?
La pape clôture son message en nous invitant à vivre la démarche du carême en communion avec nos frères et sœurs : « Nos paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance. »
Que ce Carême nous rende plus attentifs à la Parole et aux cris des démunis ! Vivons un jeûne qui passe aussi par la langue afin que diminuent les paroles qui blessent ! Que grandisse la communion et l’unité là où nous sommes, dans nos divers milieux de vie !
Bonne montée vers Pâques !

